Lieu de mémoire halte de Grimbosq

Le 27 mai 2019, notre association a créé un pupitre d’informations historiques sur la voie verte à hauteur du Pont de Brie sur la voie ferrée Caen-Flers-Laval. C’est en effet sur ces lieux, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, qu’un détachement du maquis de Saint-Clair, désigné par le capitaine Jean Renaud-Dandicolle, a fait sauter la voie ferrée.

Cette action a permis de freiner l’acheminement des renforts allemands vers le front de Normandie. Sur ce pupitre figurent également les photos de ses participants, membres du maquis de Saint-Clair, réseau britannique SOE « Scientist ». Cette réalisation s’est concrétisée en partenariat avec la Région Normandie, le Conseil départemental du Calvados, et la Communauté de Communes Cingal-Suisse Normande.

La pose du pupitre a été assurée par les services de la CC Cingal-Suisse Normande.

Lors de l’inauguration, un grand nombre d’élus et de représentants d’associations patriotiques étaient présents.

Gérard Fournier, notre président, s’est rendu dans les écoles de Saint-Laurent-de-Condel et de Montillières-sur-Orne pour exposer le rôle de la Résistance pendant la bataille de Normandie, la deuxième guerre mondiale figurant au programme de ces classes. Ces deux écoles ont accepté très volontiers de participer à la cérémonie illustrant là l’implication active des habitants de cette région à ce conflit. 68 enfants de CM1 et CM2 ont déposé des fleurs pour honorer le souvenir de ces Résistants.

Tous réunis pour le vin d’honneur à l’invitation du Maire de Grimbosq, Monsieur Bunel, afin de fêter le succès de cette journée.
Ouest-France le 28 mai 2019.
Ouest-France le 28 mai 2019.


Allocution de Gérard Fournier président de Mémoires de la Résistance Normande

Monsieur le secrétaire général de la préfecture du Calvados

Madame la sénatrice,

Madame la conseillère régionale,

Monsieur le Président de la communauté de communes Cingal Suisse normande, représentant le conseil départemental du Calvados,

Monsieur le Maire de Grimbosq,

Mesdames, Messieurs les conseillers municipaux,

Mesdames, Messieurs,

Chers enfants des écoles de Saint-Laurent-de-Condel et de Montillières-sur-Orne,

Le choix de la date du 27 mai pour organiser cette cérémonie ne doit rien au hasard. Le 19 juillet 2013, l’assemblée nationale a adopté, à l’unanimité, une proposition de loi du sénat instaurant le 27 mai comme Journée nationale de la Résistance.

Pourquoi ce jour-là précisément ? Le 27 mai 1943 s’est réuni, pour la première fois, à Paris, le Conseil national de la Résistance (CNR). Nous commémorons aujourd’hui, partout en France, cet événement très important pour l’unité de la Résistance française, pour la sixième année consécutive, la première Journée nationale de la Résistance ayant eu lieu le 27 mai 2014.

Et puis, à quelques jours près, notre cérémonie s’inscrit aussi dans le cadre du 75e anniversaire du Débarquement et de la libération de la Normandie, et plus largement, de la libération de la France et de la victoire sur la barbarie nazie.

Je vais donc d’abord, à grands traits, rappeler pourquoi il est important que nous nous réunissions ensemble, en ce jour, et en ce lieu, pour nous souvenir de ce fait marquant et fondateur de notre histoire nationale.

Puis je vais expliquer la démarche entreprise par notre association Mémoires de la Résistance normande pour valoriser les hauts-lieux de la Résistance normande.

Qu’appelle-t-on la Résistance ?

Mai-juin 1940. La France, en guerre contre l’Allemagne nazie, est vaincue. L’armée française est mise en déroute. Le 14 juin, les Allemands défilent à Paris, déclarée ville ouverte. Devenu président du conseil, le 16 juin, le maréchal Pétain demande aux Français, à la radio, le lendemain, de cesser le combat et d’accepter la défaite. L’armistice est signé à Rethondes, le 22 juin 1940. Le nord et l’ouest du pays sont occupés militairement par les Allemands. Le pays est coupé en deux par une ligne de démarcation et la France doit payer des frais d’occupation très élevés.

D’individuelle, la Résistance devient peu à peu collective et organisée

Mais l’armistice ne fait pas l’unanimité. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle fait partie de ces quelques Français qui refusent la défaite et rejettent l’armistice. A la radio de Londres, la BBC, il appelle les Français à résister et à le rejoindre dans la France libre.

Le 14 juillet 1940, les Forces française libres ne comptent alors que 7 000 hommes et la résistance intérieure n’est encore le fait que d’une petite minorité de Français. Mais peu à peu des hommes et des femmes qui refusent la défaite, l’occupation du pays par une armée étrangère et rejettent le nazisme et le fascisme, se regroupent et s’organisent.

Les premiers noyaux deviennent des mouvements de résistance. En zone occupée, citons l’Armée des Volontaires, Ceux de la Résistance, l’Organisation civile et militaire, le Front national pour l’indépendance de la France, Libération nord. En zone sud, se développent d’autres mouvements comme Combat, Franc-Tireur, Libération-sud…

Ces mouvements animés généralement par une forte personnalité, focalise leur action sur la contre-propagande des journaux nazis et de la presse collaborationniste du régime de Vichy. Ils créent des journaux clandestins et les diffusent sous le manteau. Ils ont pour titre Pantagruel, Combat, Résistance, Défense de la France, Témoignage chrétien.

Parallèlement se forment des réseaux de résistance, organisés par les services de renseignement de l’armée britannique (Intelligence Service ; Special Operations Executive) et de la France libre (BCRA). Ils ont pour objectif un travail militaire : collecte de renseignements ; organisations de sabotages ; filières d’évasions pour les prisonniers de guerre, les Juifs, les aviateurs alliés…

Toujours minoritaires, les effectifs de la Résistance augmentent à la fin 1942-début 1943

Après la rupture du pacte germano soviétique et l’attaque de l’URSS par l’armée allemande le 21 juin 1941, les Communistes rejoignent massivement les rangs de la Résistance, le Front national et sa branche armée les Francs-tireurs et partisans français (FTPF).

La publication par Vichy de la loi d’orientation de la main d’œuvre du 4 septembre 1942, autorisant les réquisitions pour le travail en Allemagne, puis la loi du 16 février 1943 instaurant le service du travail obligatoire (STO), pour trois classes d’âge, provoquent le rejet de la politique du gouvernement Pétain et Laval résolument engagé dans la voie de la collaboration avec l’Allemagne.

De plus en plus de réfractaires au STO viennent rejoindre la Résistance organisée, en particulier celle des maquis, après l’invasion de la zone sud par l’armée allemande, le 11 novembre 1942, et surtout après la défaite allemande à Stalingrad en février 1943. Dans des régions difficiles d’accès, montagnes des Alpes : Haute-Savoie, Vercors, du Morvan et du Massif central : Morvan, Auvergne… de petits groupes de partisans pratiquent des sabotages et des combats de guérilla contre l’occupant.

Tous les résistants doivent affronter la traque et la répression conduites par la police allemande, la Gestapo ; la police politique italienne, l’OVRA dans les Alpes-Maritimes et en Corse ; la Milice française du régime de Vichy. Arrestations, emprisonnements, tortures, déportations ou exécutions frappent durement les effectifs de « l’Armée des ombres ».

Des résistances à la Résistance

Les colonies françaises d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, se rallient progressivement à la France libre. Le général de Gaulle voit ainsi les rangs de la France libre se renforcer en combattants qui s’illustrent sur de nombreux champs de bataille. Ainsi en est-il du 26 mai au 11 juin 1942, en Lybie, où les FFL tiennent Bir Hakeim, sous le commandement du général Koenig, puis se replient, freinant l’avancée de Rommel en Egypte.

Sur le territoire français métropolitain, les mouvements de résistance demeurent en 1942 très isolés et leur action souffre d’un manque cruel de coordination.

De son côté, la France libre du général de Gaulle a besoin d’une reconnaissance officielle des mouvements de la Résistance intérieure afin d’asseoir sa légitimité vis-à-vis des alliés britanniques et américains.

C’est la raison pour laquelle l’ancien préfet Jean Moulin, révoqué par le régime de Vichy, reçoit du général de Gaulle, au début de l’année 1942, la mission difficile de rallier et d’unir les principaux mouvements de résistance, dans le but de créer une véritable armée secrète luttant sur le territoire national, sous une autorité unique.

La création du Conseil national de la Résistance (CNR)

Parachuté le 2 janvier 1942, avec des fonds et du matériel de transmission, Jean Moulin (Rex dans la clandestinité) multiplie les contacts avec la Résistance intérieure et impose, après de nombreuses difficultés, la création de l’Armée secrète que le général Delestraint accepte de diriger.

Le 27 janvier 1943, les principaux chefs des mouvements : Fresnay pour Combat, d’Astier pour Libération et Lévy pour Franc-Tireur, signent l’acte officiel de naissance des « Mouvements unis de Résistance » (les MUR) qui établit une direction unique.

Quatre mois plus tard, le 27 mai 1943, à Paris, au 48 rue du Four (6e arrd), Jean Moulin réunit et préside la première réunion du Conseil national de la Résistance. Sont présents les représentants de 8 mouvements de résistance, ainsi que les principaux partis politiques et syndicats existant avant la guerre.

Toutes les composantes de la Résistance sont ainsi fédérées au sein d’un seul organisme, le CNR, qui apporte son soutien au général de Gaulle, et se donne pour objectif de préparer la libération du pays et la refondation de la République.

Que commémorons-nous ?

2019 marque le 75e anniversaire de la Libération de la France.

Cette libération du territoire national commence par le Débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, jusqu’à la signature solennelle de l’acte de capitulation, le 8 mai 1945 à Berlin.

Elle a été rendue possible grâce à l’action conjointe des armées alliées et de la Résistance française que nous honorons aujourd’hui, et dans les semaines qui suivent, en Normandie et dans le reste du pays.

Ici, à Grimbosq, nous avons la parfaite illustration de la coordination entre la Résistance intérieure française (représentée par les cinq FFI du maquis de Saint-Clair : Marcel Dan, André Héricy, André Le Nevez, Robert Le Nevez, René Macé) et l’armée britannique, puisque le chef du maquis, le capitaine Jean Renaud-Dandicolle, de nationalité française, était aussi officier britannique appartenant au réseau Scientist du SOE (Special Operations Executive).

L’armement des FFI et les explosifs utilisés pour faire sauter ici la voie ferrée provenaient des deux parachutages effectués par le SOE britannique, sur le terrain des époux Grosclaude, en bordure du Bois de Saint-Clair dans la nuit des 19 mai et 3 juin 1944.

Ce sabotage ferroviaire a bien été, sur un plan local, la mise en œuvre d’un plan d’action décidé au plus haut niveau entre l’état-major allié, le SOE britannique et le général Koenig, commandant en chef des FFI, représentant la France combattante du général de Gaulle.

Remerciements à nos partenaires

Je salue, en ce lieu, la présence des nombreux élus des communes des communautés de communes Cingal-Suisse normande, présidé par M. Paul CHANDELIER, et des services techniques dirigés par M. Serge MARIE qui ont assuré gracieusement la pose de ce pupitre d’informations historiques. Je salue la présence des élus du département du Calvados et de la région Normandie qui ont apporté leur soutien à la création de ce lieu de mémoire.

Je salue également la présence du représentant de Monsieur le Préfet du Calvados, M. Stéphane GUYON, secrétaire général de la préfecture du Calvados ; et du représentant du commandant du groupement départemental de gendarmerie du Calvados, commandant adjoint de la région de gendarmerie, le commandant Marie POCQUET-BARBAT.

Je ne saurai clore cette allocution, sans adresser un grand merci aux enseignantes de l’école publique de Saint-Laurent de Condel : Mesdames Claire EPINAT, directrice, Ingrid JEANNETTE, et Emilie LEPAREUR, professeurs des écoles, avec mes félicitations pour la prestation à la trompette de Mme LEPAREUR qui a rehaussé d’éclat notre cérémonie. Je veux remercier également Madame Carine AUBRY, professeur des écoles à l’école publique de Montillières-sur-Orne, à Trois-Monts, et bien sûr aux élèves de CE2-CM1 et CM2 de ces deux écoles.

J’ai pu constater leur réel intérêt, leur concentration sans faille et leur curiosité intellectuelle sur le thème de la Résistance en France de 1940 à 1944 que je suis venu leur exposer durant deux matinées complètes, sur le temps scolaire. Merci à vous les enfants pour votre interprétation de la Marseillaise et pour les fleurs que vous avez apportées ici.

Je souhaite conclure sur un point très important. Je veux parler de la nécessaire association entre le monde combattant, l’Education nationale et la Défense, afin de transmettre aux jeunes générations les valeurs de la Résistance, portées par le programme du CNR, et qui sont aussi celles de la République : le courage, la défense de la République, le souci constant de la justice, de la solidarité, de la tolérance et du respect d’autrui.

Cette association si fructueuse, nous en avons fait, je crois aujourd’hui, l’éclatante démonstration, et nous avons en projet de la poursuivre activement.

Merci de votre aimable attention.

Gérard FOURNIER,

président de Mémoires de la Résistance normande

Crédit photo François Le Soudier.