Monument en hommage aux victimes civiles et militaires du Maquis de Saint-Clair

Les anciens du maquis ont souhaité unanimement rendre un hommage solennel et pérenne à cinq de leurs compagnons morts sur le plateau de Saint-Clair. Le comité du monument aux fusillés du maquis de Saint-Clair composé d’André Halbout, Fernand Massue, Henri Schuh, Henri Lampérière, André Le Nevez et l’abbé Le Renard l’ont inauguré le 6 juillet 1947.

Il a été érigé « à la Butte de Saint-Clair », sur un terrain qui appartenait aux époux Grosclaude, la face portant l’inscription est tournée vers l’ancienne ferme des Grosclaude et vers les champs qui ont servi, par deux fois, de terrain de parachutage .

Ce monument a été élevé avec les pierres de la ferme des Grosclaude, incendiée par les Allemands. Le monument fut érigé par un ancien du maquis, entrepreneur de maçonnerie à Thury-Harcourt, Marcel Dan qui accepta sans hésiter de se charger du chantier.

Le lieutenant-colonel Lejeune remet la croix de guerre 1939-1945 à Henri Lampérière le jour de l’inauguration du monument le 6 juillet 1947.





Paris Normandie le 12 juillet 1960.

Cérémonie du 7 juillet 2002 Discours de M. Jacques Vico, président des « Combattants Volontaires de la Résistance du Calvados ».


L’association « Mémoires de la Résistance Normande » rend hommage chaque premier dimanche de juillet, à ceux du maquis de Saint-Clair. En 2018, un pupitre d’information historique a été inauguré avec nos partenaires et élus.




Allocution du président Gérard Fournier, le 1er juillet 2018 lors de l’inauguration du pupitre.

Monsieur le Directeur de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre du Calvados

Monsieur le Député,

Mesdames les conseillère régionale et départementale,

Mesdames et Messieurs les maires et conseillers municipaux,

Mesdames, Messieurs,

Cher(e)s Ami(e)s,

Comme chaque année, nous voici rassemblés au pied du monument de Saint-Clair, en limite des communes de Donnay et de Pierrefitte-en-Cinglais, et à quelques pas seulement du poste de commandement du maquis de Saint-clair.

Il y a tout juste 75 ans, jour pour jour, Jean-Renaud Dandicole, alias Capitaine Jean, jeune Bordelais de 20 ans, capitaine de l’armée britannique, chef adjoint du réseau britannique SCIENTIST, et son officier-radio, le lieutenant Maurice Larcher, s’apprêtaient à quitter la ferme de Georges et Eugénie Grosclaude, où ils s’était installés, très tôt, le 6 juin 1944, dès l’annonce du Débarquement des armées alliées sur les côtes normandes.

Le 5 juin, au soir, le lieutenant Larcher avait capté sur son poste émetteur-récepteur, (on peut le voir exposé au mémorial des civils dans la guerre à Falaise), les messages radio passés sur la BBC annonçant l’imminence du Débarquement, et mettant en action la Résistance française.

L’un des messages codés destinés aux résistants du maquis de Saint-Clair était : « Le chant des laboureurs dans le matin brumeux ». Aussitôt, deux détachements équipés et armés, grâce à l’important stock d’armes dissimulés sous une fausse barge de fagots érigée près de la ferme des Grosclaude, avaient été formés.

Le premier, composé de cinq FFI : Marcel Dan, René Macé, André Héricy, Robert Le Nevez, sous la conduite d’André Le Nevez, s’était dirigé vers Grimbosq, où il avait reçu mission de faire sauter la voie ferrée Caen-Flers-Laval, à proximité du pont de Brie. La mission organisée en application du Plan Vert, rondement menée, a été exécutée avec succès. La voie ferrée est détruite sur près de 50 mètres. Nous l’avons rappelé le 27 mai dernier, journée nationale de la Résistance, lors d’une belle et émouvante cérémonie.

L’autre détachement, également constitué de sept FFI : Louis Jousset, Georges Bernier, Jean Foucu, Antoine Sepulchre de Condé, Philippe Durel, Alexandre et Victor Guérin, sous le commandement de Jean Renaud-Dandicolle, se poste, aux environs de 22 heures 30, en haut de la côte qui domine le village de Meslay, sur la route départementale 134. En application du Plan Rouge, cette deuxième mission, beaucoup plus risquée que celle organisée à Grimbosq, consiste à freiner la montée vers le front des convois militaires allemands.

Cependant, les FFI sont équipés seulement d’armes légères, et manquent d’expérience. L’engagement avec le premier convoi qui s’est présenté au sommet de la côte est trop bref pour pouvoir être qualifié de succès. Les pertes, du côté allemand, sont minimes et du côté des membres du maquis, elles sont heureusement inexistantes. Malgré ce bilan en demi-teinte, l’impact psychologique sur les troupes allemandes est bien réel. Le secteur de Meslay et le Bois de Saint-Clair sont désormais réputés comme un « repère de terroristes ».

Pendant les semaines qui suivent, le capitaine Jean se rend compte que les actions du maquis de Saint-Clair sont de plus en plus difficiles à remplir. Le déplacement de 40 à 50 hommes en armes, vers le Moulin des Loges, dans la nuit du 9 au 10 juin, à la limite des communes du Détroit et de Pierrepont, est une erreur qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Le retour mouvementé vers Saint-Clair, le 11 juin, montre clairement qu’il est impossible de maintenir une formation résistante de cette importance, sans attirer l’attention de l’ennemi.

La décision de Jean Renaud-Dandicolle est donc sans appel. Le maquis est dissous, les hommes sont priés de retourner dans leurs foyers. Contrevenant à cet ordre, les hommes du groupe Guérin attaquent à la grenade un camion militaire allemand, dans la côte de Martainville, sur la route départementale 157. L’action est courageuse, mais la répression qui s’ensuit est féroce. Une unité SS exerce immédiatement des représailles sur le petit hameau de La Rivière, sur la commune de Saint-Germain-Langot. Le bilan est lourd. On déplore un civil tué dans sa maison et sa femme grièvement blessée ; trois maisons incendiées et la menace de l’exécution de 20 otages, maire et conseillers municipaux en tête, si les actions « terroristes » se poursuivent.

Nous voici donc, au 7 juillet au matin. Les époux Grosclaude sont partis s’occuper de leurs animaux dans les champs, suivis par leur chienne. Jean-Renaud Dandicolle, et Maurice Larcher finissent de se préparer pour se replier en direction de la Mayenne. Jean Foucu et le pilote canadien, Henry Cleary, de la 602e escadrille de chasse, appartenant à la Royal Canadian Air Force, recueilli par le maquis, depuis qu’il a dû poser en catastrophe son chasseur Spitfire dans la campagne ornaise, une semaine plus tôt, sont également sur le départ pour Barbery.

C’est alors que surgissent, deux sous-officiers SS à la recherche d’un logement, après un service de nuit. La présence de jeunes hommes, un départ imminent en bicyclette, et surtout une carte d’état-major qui dépasse du blouson de Jean Foucu, rend la situation plus que suspecte aux deux militaires allemands qui exigent les papiers d’identité des quatre hommes.

Le capitaine Jean parvient à tuer l’un des deux SS, mais ne parvient qu’à blesser le second dans sa fuite. L’alarme est donnée par les cris et les appels à l’aide du blessé. Du Bois de Saint-Clair surgissent de jeunes grenadiers SS d’une compagnie de réparation de chars, stationnée sous le couvert des arbres. A la ferme, c’est le sauve qui peut général. La suite est dramatique.

Maurice Larcher, puis le pilote canadien, sont exécutés quelque temps après alors qu’ils tentaient de fuir en direction du hameau de la Boissaye. Jean Renaud Dandicolle est capturé, puis grièvement blessé, en tentant d’échapper à son gardien. Les époux Grosclaude sont appréhendés peu après derrière une haie. Interrogés brutalement, humiliés, Georges et Eugénie Grosclaude passent tout le jour et toute la nuit ligotés et malmenés. La découverte du poste radio émetteur-récepteur et surtout du dépôt d’armes résultant des deux parachutages des 19 mai et 2 juin 1944, sur le plateau de Saint-Clair, signent leur condamnation à mort.

Jean Renaud-Dandicolle, après avoir été sommairement pansé dans une ambulance SS, au château de La Milvaudière, est interrogé des heures durant, puis, comme les époux Grosclaude, exécuté à l’abri des regards, probablement dans le bois de Saint-Clair. Leurs corps n’ont, à ce jour, jamais été retrouvés. Seul, Jean Foucu, servi par la chance et la ruse, parvient à se sortir vivant de cette tragédie.

Aujourd’hui, 75e anniversaire de leur disparition,

NOUS NOUS SOUVENONS du courage de ces femmes et de ces hommes, membres du maquis de Saint-Clair, et à travers eux, de ces femmes et de ces hommes de la Résistance intérieure française, celle des mouvements, des réseaux et des maquis.

NOUS NOUS SOUVENONS de ces combattants de la France libre engagés, dès 1940, aux côtés du général de Gaulle, de Jean Moulin, de Fred Scamaroni, et de tant d’autres.

NOUS NOUS SOUVENONS des soldats des armées alliées, de toutes origines, de tous rangs qui ont fait le sacrifice de leur vie, dans les airs, sur terre et sur mer, pour la libération de la France, de l’Europe et du monde.

Ce qui s’est passé il y a 75 ans, Mesdames et Messieurs, doit rester bien vivant dans nos mémoires, non seulement pour rappeler inlassablement les faits entrés, depuis, dans l’histoire, mais aussi pour mesurer quelle chance nous avons d’avoir connu la paix, si imparfaite soit-elle, depuis 1945.

Ce bien si précieux, mais aussi si fragile, qu’est la paix, nous devons tout faire pour le défendre. Il y a encore et toujours, hélas, dans le monde, des forces de haine et d’exclusion, des fanatismes et des obscurantismes qui, si l’on n’y prend garde, pourraient bien remettre en cause les valeurs de notre République et les principes de notre démocratie, qui ont guidé celles et ceux de la Résistance auxquels nous rendons hommage aujourd’hui.

Demeurons fidèles à leur mémoire et à leur engagement, mais demeurons aussi vigilants !

Cérémonie du 7 juillet 2019.