ADIRPFD/SJ

ADIRPFD-SJ du Calvados (Association des déportés et internés résistants et politiques et familles de disparus-Souvenir et Jeunesse)

Depuis de nombreuses années, nos deux associations se croisent et s’apprécient. Nous avons beaucoup de projets en commun et nos relations sont quotidiennes.

Chaque année pour le Concours national de la résistance et de la Déportation, l’achat et le choix des livres pour les lauréats est effectué en commun.

À l’initiative de l’ADIRPFD/SJ et Mémoires de la Résistance Normande, a été créé un comité de vigilance, la réunion initiale s’est déroulée en présence de différentes associations, la ville de Caen et des familles des victimes du massacre du 6-6-44, le 28 février 2019 à la Maison des Associations de Caen.

COMITE DE VIGILANCE POUR LA CRÉATION D’UN LIEU DE MÉMOIRE À LA MAISON D’ARRET DE CAEN

Courrier remis à Madame DARRIEUSSECQ

MEMOIRES DE LA RESISTANCE NORMANDE

Président : Gérard Fournier

ASSOCIATION DES DEPORTES ET INTERNES RESISTANTS ET POLITIQUES ET FAMILLES DE DISPARUS/ SOUVENIR ET JEUNESSE

Président : Jean-Pierre HEBERT

Vendredi 1er mars 2019

Madame Geneviève DARRIEUSSECQ

Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des armées

Madame la Ministre,

L’invitation qui nous est transmise par Monsieur le Préfet du Calvados nous permet de vous rencontrer, nous, présidents de deux associations du monde combattant, et nous en sommes très honorés.

Aussi, nous profitons de l’opportunité de cette rencontre pour vous informer d’un sujet qui nous tient à cœur depuis des décennies.

Le 6 juin 1944, alors que les premières vagues d’assaut des armées alliées foulaient les plages de Normandie, un épouvantable massacre se produisait dans la Maison d’arrêt de Caen. Ce jour-là, cédant à la panique, des éléments de la Sipo-SD de Caen exécutaient entre 70 et 75 hommes et femmes, principalement issus des réseaux et mouvements de résistance, arrêtés dans le Calvados quelques jours, semaines ou mois auparavant.

Le massacre perpétré, les corps étaient inhumés dans les massifs de quatre des courettes qui servaient de promenoirs aux prisonniers.

Le 30 juin 1944, les Allemands créent une brèche à l’explosif dans le mur d’enceinte de la Maison d’arrêt, puis font exhumer les corps par des détenus de la prison d’Alençon (le château des Ducs). Ceux-ci sont convoyés par camion à travers le passage pratiqué dans le mur, puis conduits vers une destination inconnue, peu éloignée de Caen. Malgré de multiples recherches et plusieurs enquêtes officielles, les corps des suppliciés n’ont, à ce jour, jamais été retrouvés.

Vous trouverez tous les détails connus de cette terrible tragédie dans l’ouvrage de Jean Quellien et de Jacques Vico, Massacres nazis en Normandie, édité en 1994 et réédité en 2004, aux éditions Charles Corlet. Nous vous remettons également un DVD-Rom « Les fusillés de la prison de Caen », commande de nos associations auprès de la société Zorilla production, sorti à l’occasion du 60e anniversaire du Débarquement et de la bataille de Normandie, et librement inspiré de l’ouvrage mentionné.

Depuis 75 ans, les familles ne pouvant faire leur deuil, se rassemblent, avec les associations de la Résistance et de la déportation, chaque 6 juin, pour honorer, la mémoire de leurs chers disparus, devant la Maison d’arrêt et jusque dans le chemin de ronde autour d’une modeste stèle du souvenir.

Depuis 2010, nous savions qu’un jour cette prison, devenue trop vétuste, fermerait ses portes et que les détenus seraient transférés vers un autre lieu de détention. Depuis, une commune située au sud de Caen, Ifs, s’est portée candidate pour recevoir la nouvelle prison. D’après les informations transmises par la presse, le chantier de la nouvelle prison commencerait au cours du deuxième semestre de 2020 et la livraison à l’administration pénitentiaire et sa mise en service sont annoncées pour la fin de 2022.

Aussi, nous attirons l’attention des pouvoirs publics et des élus municipaux afin qu’un lieu de mémoire puisse être créé sur le site même de la Maison d’arrêt de Caen, après le déménagement des détenus vers le nouvel établissement pénitentiaire. Nous souhaitons que des fouilles soient effectuées dans les courettes concernées par le massacre, et qu’une couverture photographique complète soit réalisée sur l’ensemble de la prison, que nous considérons comme un haut-lieu de mémoire et d’histoire de la Résistance du Calvados.

De même, ni les familles, ni les associations du monde combattant et de la Résistance qui les représentent, n’ont abandonné l’idée qu’un jour, peut-être, les corps pourront être retrouvés.

Aussi, nous espérons, Madame la Ministre, que tant pour la création d’un lieu de mémoire que nous appelons de nos vœux, et pour lequel nous avons des propositions concrètes à présenter, que pour le cas où de nouvelles recherches pourraient être entreprises afin de retrouver les corps, nous pourrions bénéficier de l’aide effective et concrète des services de l’Etat.

Vous remerciant par avance de l’attention que vous pourrez porter à ce dossier particulier qui reste, pour nous, une des composantes importantes des commémorations du 6 juin 1944 et de la libération de notre territoire, nous vous assurons, Madame la Ministre de notre profond respect et de notre parfaite considération.

Gérard FOURNIER Jean-Pierre HEBERT